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AAC - Médias et violences sexistes et sexuelles. Informer, dénoncer, sensibiliser

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AAC - Médias et violences sexistes et sexuelles. Informer, dénoncer, sensibiliser
Visuel AAC Médias et violences sexistes et sexuelles

Les propositions doivent être envoyées au plus tard le 1er décembre 2022

Dans le cadre du projet Gender Equality Monitoring (GEM) financé par l'ANR, le CARISM (Université Panthéon-Assas) et le CEMTI (Université Paris 8) organisent un colloque, les 4 et 5 avril 2023, intitulé : 

Médias et violences sexuelles. Informer, dénoncer, sensibiliser / The Media and sexual and gender-based violence. Informing, denouncing, raising awareness

Ce colloque vise à interroger le rôle des médias dans la fabrication de l’information autour des violences sexistes et sexuelles (désormais VSS dans le texte) que nous entendons comme « une multiplicité de types d’actes coercitifs, non hiérarchisés, imposés par les hommes pour contrôler les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui n’appartiennent pas au masculin hégémonique, et ce tout au long de leur vie » (Connell, 2014 ; Buisson et Wetzels, 2022 : 4). Ainsi, notre approche des violences se base sur le concept de continuum (Kelly, 1988), permettant de les appréhender dans leur pluralité et de les définir par le lien qu’elles entretiennent entre elles. Ces violences se manifestent sous plusieurs formes : physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles, ainsi qu’économiques ou administratives. Ces violences s’inscrivent dans des rapports de domination imbriqués à d’autres enjeux tels que la race, l’âge, la classe sociale, la religion, le handicap ou encore l’orientation sexuelle et l’identité de genre (Crenshaw, 2005 ; Diederich, 2006 ; Direnberger et Karimi, 2019).

Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses disciplines se sont saisies de la question des VSS : la psychologie (Salmona, 2018 ; Pache, 2019), le droit (Le Magueresse, 2012 et 2021 ; Moron-Puech, 2022), la médecine (Jouault, 2020), la science politique (Boussaguet, 2009 ; Delage, 2017) ou encore la sociologie (Debauche et Hamel, 2013 ; Le Goaziou, 2013 et 2019 ; Brown et al., 2020 ; Lacombe, 2022). Différents terrains ont été étudiés, comme les conflits armés (Audouin-Rouseau, 1994 ; Virgili et Branche, 2011 ; Cohen et Nordas, 2014), l’espace public (Coutras, 1996 ; Condon et Lieber, 2005 ; Dekker, 2021), la famille (Hamelin et al., 2010 ; Dussy, 2013), ou encore le travail (Baldeck, 2021).

Mais les VSS n’ont été que peu appréhendées par les chercheuses et les chercheurs au prisme de leur médiatisation. Si cette question fait l’objet de travaux à l’étranger et notamment dans la recherche anglophone (Bullock, 2007 ; Charlesworth et McDonald, 2013 ; Easteal et al., 2015 ; De Benedictis etal., 2019), c’est bien moins le cas au sein de la recherche francophone et notamment française. De nombreuses thèses viendront cependant bientôt étoffer cet état de l’art (Beaulieu, Buisson, Itoh, Khemilat, Ruffio ou encore Wetzels : voir bibliographie). Les quelques travaux existants s’intéressent aux médias mais ces recherches portent majoritairement sur les féminicides (Guérard et Lavender, 1999 ; Sapio, 2017, 2019, 2022) ou sur les violences conjugales et analysent en priorité la presse, et plus spécifiquement la presse quotidienne (Mucchielli, 2005 ; Hern á ndez Orellana, 2012 ; Sépulchre, 2019 ; Lochon, 2021).

Les institutions sont de plus en plus vigilantes quant au rôle occupé par les médias dans la mise en visibilité et la prévention des VSS : en ce sens, il est intéressant de noter que la Convention d’Istanbul, ratifiée par la France en 2014, fait appel à la « Participation du secteur privé et des médias » afin de « mettre en place des lignes directrices et des normes d’autorégulation pour prévenir la violence à l’égard des femmes et renforcer le respect de leur dignité » (art. 17).

Et, dans une note rédigée par Margaux Collet, la même année, pour le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, il est rappelé, entre autres, qu’il est crucial d’inscrire les articles relatant des faits de violences faites aux femmes dans la section « Politique » du journal, au lieu de la rubrique « Faits divers » ; il est également déconseillé d’utiliser les « propos de l’agresseur pour en faire un titre » ou de mobiliser des expressions comme « crime passionnel », formule pourtant encore très présente dans la presse quotidienne régionale (Ambroise-Rendu, 1993 ; Houel etal., 2003 ; Sapio, 2019). De son côté, en mars 2019, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a adopté une nouvelle Recommandation sur la prévention et la lutte contre le sexisme, en rappelant que : « La portée, réelle ou potentielle, des paroles ou des agissements sexistes, notamment du fait des moyens de transmission, de l’utilisation des médias sociaux ou des médias grand public et du niveau de répétition, est un [...] facteur aggravant ».

La persistance de points critiques dans les discours médiatiques – malgré ces préconisations – découle, entre autres, des caractéristiques structurelles des milieux journalistiques (Neveu, 2000 ; Damian-Gaillard et Saitta, 2020 ; Damian-Gaillard etal., 2021) qui ne sont pas affranchis des logiques sexistes de la société au sein de laquelle ils existent. La composition des rédactions, la formation mais aussi les conditions de recrutement et d’évolution des journalistes ne sont pas des facteurs négligeables dans le processus de fabrication de l’information, comme le montrent les résultats du Global Media Monitoring Project (Biscarrat et al., 2017 ; Breda, 2022). Ainsi, certaines pratiques et traditions journalistiques, culturellement et historiquement situées, perdurent.

Bien que co-responsables de la propagation de discours de haine ou d’une narration néfaste autour des VSS, les médias jouent aussi un rôle fondamental dans la prévention et la dénonciation de ces dernières, en ouvrant des espaces pour la production de « contre-discours » (Baider et Constantinou, 2019) et de réponses à la stigmatisation, allant de la « déstigmatisation » (Bazin et Sapio, 2020) à la « resignification » (Paveau, 2020). Dans certains cas, les journalistes sont elles·ux-mêmes à l’origine de réflexions métadiscursives sur les productions médiatiques comme pour le collectif Prenons la Une, dont l’ambition est de porter un regard critique sur les aspects problématiques de l’écriture journalistique.

Présentation des axes

Nous attendons des propositions émanant de différentes disciplines : sciences de l’information et de la communication, histoire, sociologie, sémiologie, droit, science politique, sciences du langage, et plus largement de toute démarche interdisciplinaire à même d’éclairer la production, la circulation et la réception des productions médiatiques portant sur les VSS. Nous souscrivons ainsi à une vision élargie de la notion de média, en nous intéressant non seulement aux médias d’information classiques – la presse, la télévision, la radio, les médias natifs du web et les médias sociaux – mais aussi à l’ensemble des dispositifs de médiatisation tels que les définit Benoit Lafon (2019), englobant ainsi l’édition ou les expositions, mais aussi les proto-médias comme l’affiche ou la gravure. Rappelons cependant que cet appel à communications porte uniquement sur les discours informationnels, nous avons exclu de notre périmètre la fiction et le divertissement.

Les travaux de recherche portant sur la musique par exemple, ne seront pas pris en compte, d’autant plus qu’un colloque sur le sujet sera bientôt organisé. Les travaux analysant les enjeux de la médiatisation des VSS dans une perspective comparative (internationale, dans le temps, entre différents objets/supports ou types de violences) sont les bienvenus. Les propositions peuvent s'inscrire dans un ou plusieurs des cinq axes proposés.

  • Axe 1 - Conditions de productions des contenus médiatiques
  • Axe 2 - Représentations médiatiques des VSS
  • Axe 3 - Circulation médiatique des témoignages
  • Axe 4 - Dispositifs et discours de prévention et de sensibilisation
  • Axe 5 - Corpus sensibles : émotions et engagement dans le travail de recherche

Les propositions doivent être envoyées au plus tard le 1er décembre 2022.

Vous trouverez le texte complet de l'appel à communications et le détail des modalités de soumission ci-contre.

Contact : mediavss2023@gmail.com

Comité d'organisation

  • Charlotte BUISSON
  • Maëlle BAZIN
  • Giuseppina SAPIO
  • Jeanne WETZELS
  • Cécile MÉADEL