Accueil » Manifestations Scientifiques » Journées doctorales

Journées doctorales

Les Laboratoires GRIPIC (CELSA, Paris Sorbonne), CARISM (IFP, Paris 2) et COSTECH (UTC) organisent chaque année une rencontre doctorale autour d’un thème qui fédère les recherches de plusieurs de leurs doctorants.

JOURNÉE DOCTORALE " SIC, numérique et politique "

Jeudi 8 juin 2017, à l’IMI (62 boulevard de Sébastopol 75003 Paris)

Comment définir le rapport entre technique et politique ? Répondre à cette vaste question est au coeur des réflexions menées en sciences humaines et sociales et particulièrement en études en communication. Si l’on ne peut évidemment pas réduire l’activité politique (comprise comme l’organisation de la vie dans la cité, l’exercice du pouvoir et du gouvernement) à un ensemble de techniques, il convient cependant de considérer la dimension constituante de la technique dans nos pratiques sociales, sa capacité à définir les modalités de construction du sens sur lesquelles reposent l’établissement du lien social et du vivre ensemble.

De ce fait, la technique est éminemment politique, elle permet aux acteurs d’exprimer, à travers des dispositifs médiatiques, leurs rapports au monde, de discuter leurs préférences et de forger leurs opinions (Monnoyer-Smith, 2011), aux groupes dominés de modifier « l’ordre du visible » (Voirol, 2005). Les technologies sont les médiations de ces opérations, qu’elles rendent possibles de différentes manières en fonction de leurs configurations. Dans cette perspective, la communication est perçue comme une pratique sociale, médiée par différents supports (Jeanneret, 2014), considérés comme autant d’artefacts qui viennent s’insérer dans un champ de forces sociopolitiques, structurer des relations de pouvoir et parfois modifier des équilibres politiques. Les médias sont évidemment une des manifestations les plus visibles de ce phénomène dans la mesure où leur configuration contribue à la construction des problèmes publics et l’orchestration du débat public (Julliard, 2012).

Dans ce cadre, le numérique a pris une place particulière et amorce un certain nombre de transformations dans les rapports au politique. Il autorise notamment de nouvelles pratiques, particulièrement sur le plan informationnel et communicationnel. Les institutions traditionnelles tentent de se saisir de ces outils, emportées par les discours d’accompagnement rendant inévitables la « mutation numérique » et la transformation de l’activité politique (Mabi et Thibault, 2015). Pourtant, l’émergence des médias numériques favorise surtout le développement d’une « démocratie Internet » (Cardon, 2011) qui met à mal les formes de représentations classiques et se caractérise par une plus grande circulation de la parole politique, souvent sous une forme désignée comme « conversationnelle », notamment sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. La transformation de l’espace public qui en découle invite à poser à nouveaux frais la question des relations entre technique et politique.

C’est ce que montrent par exemple les travaux de Fabien Granjon et Dominique Cardon sur l’analyse des pratiques de « médiactivisme » sous l’impulsion des technologies numériques (Cardon et Granjon, 2010). Avec ces technologies, de nouveaux champs se sont ouverts pour interroger le rapport qu’entretient notre société au politique et à l’activité de débat public. C’est à la croisée de ces différentes réflexions que souhaite se placer cet appel. Il s’agit de mobiliser les travaux en cours des doctorants des trois laboratoires pour explorer les dimensions sociales, techniques et sémiotiques des relations entre technique et politique.

Trois grands axes pourront être envisagés : d’abord « les technologies en tant qu’objet politique » pour tous les travaux qui interrogent la dimension symbolique des inscriptions et leur capacité à orienter la construction du sens et des usages. Cette approche communicationnelle permettra de porter un regard plus distancié et critique sur les technologies numériques et d’interroger leur présence quasi naturalisée car rarement discutée et rarement accompagnée d’une définition rigoureuse de ce qu’est le « numérique » et de ce qu’il permet de faire. Ce phénomène d’imposition discursive tend à minorer la diversité des projets politiques, sociaux et techniques qu’il recouvre.

Le second axe s’intéressera aux « technologies en tant qu’elles rendent possible l’activité politique », c’est-à-dire aux technologies dans la mesure où elles configurent les pratiques. Plutôt qu’une préoccupation pour le projet politique des technologies, il s’agira ici de mobiliser les travaux qui interrogent les usages et les pratiques rendues possibles par certaines technologies, notamment en étudiant la manière dont elles ont un impact sur la construction des problèmes publics, les logiques de publicisation et de circulation des contenus. Un certain nombre de concepts comme la participation, la transparence, la collaboration ou les publics pourront ainsi être réinterrogés.

Le troisième axe rassemblera les travaux s’intéressant aux « littératies qui découlent des usages des technologies numériques », comprises comme les compétences transversales nécessaires pour mettre à profit les possibles ouverts par le numérique en terme de production, de mise en visibilité et de circulation de l’information. Il semble en effet essentiel de s’interroger sur la manière dont les citoyens s’approprient les transformations de notre environnement engendrées par le numérique.

 


Bibliographie

· Cardon D. (2011). La démocratie Internet, Paris, La République des Idées.

· Cardon D. et Granjon F. (2010). Mediactivistes, Paris, Presses de Sciences Po.

· Jeanneret Y., (2014) Critique de la trivialité. Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir, Paris, Éditions Non standard.

· Mabi C. et Thibault F., (2015), « Le politique face au numérique : une fascination à hauts risques», Socio, n° 4, p. 89-103

· Monnoyer-Smith L., (2011) Communication et délibération. Enjeux technologiques et mutations citoyennes, Lavoisier

· Julliard V., (2012). De la presse à Internet. La parité en question, Paris, Lavoisier

· Voirol O. (2005). « Présentation. Visibilité et invisibilité : une introduction ». In Réseaux, n° 129-130, pp. 9-36.

 

Centre d'Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias - Institut Français de Presse
5/7, avenue Vavin - 75006 PARIS | Tél. : + 33 (0) 1 55 42 50 21