Journée d'étude Publics en mouvement

Cette journée d’étude organisée par Valérie Devillard et Guillaume Le Saulnier est la première manifestation d’une série annuelle consacrée aux manières de faire public, pouvant s’observer tant dans les sphères politique et médiatique que dans la ville (cafés, galeries, rue, etc.). Celle-ci questionnera ainsi les espaces et les modes de composition, de manifestation et d’intervention des publics, dans des contextes pluriels et plus ou moins contrastés. Elle s’intéressera, notamment, aux modes d’engagement médiatique des publics politiques, dans ce moment de convergence entre médias traditionnels et numériques.

L’expression de « publics en mouvement » condensera ce questionnement, articulé autour de trois entrées transversales à l’ensemble des interventions :

-    L’expression est utilisée par Daniel Cefaï et Dominique Pasquier (2003 : 42) pour désigner l’extrême labilité de la notion de public, et plus particulièrement son oscillation entre les sphères politique et médiatique. On tentera de dissiper cette ambiguïté notionnelle, et de préciser tout l’éventail de leurs modes de composition à la croisée des publics politiques, publics médiatiques et publics esthétiques, en portant l’accent sur certains publics oppositionnels (Negt, 2007) voire sur des contre-publics (Fraser, 2001). On interrogera l’une des voies entrouvertes par Daniel Dayan (2000) reprenant la notion de « communauté imaginée » de Benedict Anderson pour qualifier les audiences télévisuelles.

-    Elle renvoie également à la pluralité des modes de manifestation et d’intervention des publics : action conjointe, action collective, mobilisation et mouvement collectif, mobilités physique et urbaine, etc. Cette perspective a pour dénominateur commun, au cours de cette journée d’étude, d’être construite autour des legs successifs de l’Ecole de Chicago.

-    Elle comporte enfin une interrogation sur les frontières des publics : où commence et où s’arrête l’existence des publics ? Comment les mouvements radicaux tentent-ils de résoudre la tension entre publicité et entre soi, formulation de revendications et velléités de sécession, normalisation et radicalité ? Comment un public politique peut-il émaner d’une profession établie et traduire des doléances, sans être aussitôt réduit à des préoccupations partisanes ou corporatistes ? Observe-t-on une hybridation des espaces de composition et des modes d’intervention des publics, entre espace urbain, médias traditionnels et dispositifs numériques ?

Pour y répondre, cette journée d’étude prendra le parti de varier les focales, au moyen d’une combinatoire de terrains et de méthodologies (observation participante, entretiens compréhensifs, analyse de discours, fouille de données, etc.).

Cette réflexion s’opèrera, d’abord, à partir de débats publics qui prolongent, interrogent voire fragmentent « l’espace de la cause des femmes » (Bereni, 2012) : militantisme lesbien, pratiques de prostitution et voile intégral.
Une témoin de la scène activiste new-yorkaise des années 80/90 élargira ainsi le spectre communément admis des actions collectives « féministes », en rendant compte d’autres performances publiques et d’autres manières de faire contre-public.

Au-delà de certains mouvements politiques prônant des formes d’action directe, d’autres dispositifs de communication sociale peuvent être également à l’œuvre. Ainsi, il s’agira d’explorer deux cas de publics situés en marge de la sphère publique. Les premiers, fondateurs d’une cantine populaire à Paris, proposent un lieu d’expérimentation résolument en rupture ; ces militants révolutionnaires ont ainsi créé un espace contestataire de socialisation au politique. Les seconds, russophones anti-Poutine exilés en France, recomposent des sociabilités « perdues » ou idéalisées » au moyen des réseaux sociaux.

Enfin, d’autres interventions interrogeront la façon dont les médias peuvent coproduire des contre-publics, à travers le travail journalistique et la scénarisation d’une série télévisuelle.

Consulter le programme détaillé de la journée d'étude.

Les communications feront ainsi le point des recherches au sein du Carism, privilégiant les contributions de jeunes chercheur(e)s du laboratoire autour de la question de la circularité des publics politiques, esthétiques et médiatiques.

 

Centre d'Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias - Institut Français de Presse
5/7, avenue Vavin - 75006 PARIS | Tél. : + 33 (0) 1 55 42 50 21